André-Marie PONNOU-DELAFFON
Entre une pensée qui prétendrait s’exonérer de toute référence
à l’histoire et une autre qui se réduirait à l’événementialité historique,
la théologie chrétienne doit frayer son sillon. Car elle ne
se réduit pas au sens historique de l’Écriture ni ne décline un
sens spirituel détaché du sens littéral. Ce jeu intra et supra historique
qualifie la théologie chrétienne parce qu’il dérive de son
lieu. En effet, si la Révélation chrétienne s’articule autour de
l’événement Jésus-Christ (de l’Incarnation à son aboutissement
dans le Mystère pascal), il n’empêche que cet événement
déborde, en sa vérité et sa réalité, sa réalisation historique. Celui
qui se fait chair, qui meurt et ressuscite pour notre salut, est
déjà celui en qui nous avons été élus dès avant la fondation du
monde (cf. Ep 1, 4), celui qui se tient debout comme l’Agneau
égorgé depuis la fondation du monde (cf. Ap 13, 8).
La théologie nous convoque donc au retournement de nos
schèmes épistémologiques, notamment dans notre compréhension
de l’histoire. Celle-ci se déploie non pas d’abord à partir de
l’indigence (ex nihilo) mais à partir de la surabondance divine
(ex Deo). Réfléchir selon cette grammaire équivaut à rapatrier le
sens anagogique de l’Écriture et de la théologie au coeur de l’histoire,
là où l’espérance chrétienne s’écrit en lettres d’or.
André-Marie PONNOU-DELAFFON